Historique du musée régional d’Irkoutsk (Иркутский областной краеведческий музей)

Par Estelle Borel

Présentation du musée

 

L’IOKM, ou musée régional de l’oblast’ d’Irkoutsk, est apparu très tôt dans l’histoire des musées dans le monde : ouvert dès 1782, il est l’un des premiers musées de Russie, après la Kunstkamera fondée par Pierre le Grand en 1714, aujourd’hui Musée d’ethnographie et d’anthropologie de l’Académie des Sciences de Russie.L’IOKM, surnommé au début du XIXe siècle la Kunstkamera de la Sibérie », suit d’une certaine manière un destin semblable à celui de la Kunstkamera à Saint-Pétersbourg. D’abord cabinet de curiosités renfermant des collections diverses en botanique, zoologie, minéralogie et dans d’autres domaines, il devient un riche musée scientifique, lieu de départ de recherches scientifiques menées dans toute la région et même bien au-delà.
Photo du Musée d'Irkoutsk

 Il présente un aspect multiple : à la fois musée historique, ethnographique et de sciences naturelles, il renferme des collections uniques, de très précieux témoignages des cultures autochtones sous diverses formes, de riches échantillons de sa faune et de sa flore, des manuscrits sur l’histoire de sa région et sur les expéditions menées par des chercheurs du musée. Le musée régional d’Irkoutsk f ait côtoyer des collections issues d’expéditions menées dans les provinces alentours mais aussi dans des territoires étrangers comme la Mongolie ou l’Asie Centrale. En effet, Irkoutsk se situe à la porte de la Sibérie orientale, au cœur de multiples peuples et cultures, à la fois locales et « lointaines ». La ville a servi de point de départ aux expéditions organisées par le gouvernement russe vers l’Extrême-Orient, la Iakoutie, la Mongolie, l’Alaska et la Chine, et au sein du territoire russe, Irkoutsk se trouve au carrefour de différents peuples de Sibérie et dépasse même l’espace sibérien : à l’ouest se situent les Tofalars et les Touvas, à l’est les Bouriates, au sud les Mongols et au nord les Iakoutes et les Evenks, peuples aux langues, coutumes et religions très diverses ; par ailleurs le musée, en plus des « petits peuples de Sibérie », s’intéresse aux Mongols, aux Japonais ainsi qu’aux peuples d’Asie centrale…

Ainsi le musée délimite mal ce qui relève de la culture régionale de ce qui relève de la culture « exotique ». De par sa fonction de musée régional, il cumule des facettes très différentes, et c’est là sa richesse autant que sa faiblesse. La spécificité du musée régional d’Irkoutsk réside dans son inscription à l’intérieur d’un espace très particulier et dans sa tentative de montrer la spécificité. De plus, la ville d’Irkoutsk est au cœur d’une région aux frontières « mouvantes » : l’espace régional a été redéfini par les politiques successives, et le regard et le discours du musée n’ont donc pas toujours été les mêmes.

 

Historique du musée

 

De sa fondation aux premières collections (1782-1851)

L’emplacement d’Irkoutsk

 

Irkoutsk, l’une des plus anciennes villes de Sibérie, apparaît au milieu du XVIIe siècle. Dès sa fondation, la ville est considérée comme une fenêtre sur l’Est, ouvrant l’accès au Pacifique[1]. Elle sert de point de départ aux expéditions organisées par le gouvernement russe vers l’Extrême-Orient, la Iakoutie, la Mongolie, l’Alaska et la Chine. Son peuplement réparti au bord de la rivière Angara et sur les rives du lac Baïkal en fait une ville stratégique et un pont reliant l’Empire russe aux pays d’Asie. C’est une ville incontournable entre l’Occident et l’Orient dans les relations commerciales et diplomatiques, notamment en ce qui concerne le commerce de gros, dont Irkoutsk contrôle le transfert vers la Sibérie.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Irkoutsk est véritablement un des plus grands centres culturels de Sibérie : des églises y sont construites, des acquisitions et des commandes de productions artistiques y sont organisées. La ville passe, au tournant du XVIIIe siècle, du statut de ville provinciale à celui de plus grand centre culturel de Sibérie, et son musée régional est à la fois le moteur et le témoin de ce grand bouleversement. Au XIXe siècle, Irkoutsk est véritablement la plus grande ville de Sibérie et le centre administratif et culturel de l’immense région qui s’étend de l’Ienisseï au Pacifique.

 
 

Pierre le Grand et l’Académie des Sciences de Russie

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les chercheurs s’intéressant au lac et à la région furent très peu nombreux. Seuls quelques rares érudits, tel Nicolaï Gavrilovitch Milesku Spafari, un Roumain au service du tsar Alexis Ier, réalise une première approche du lac en 1675. Il faut attendre que Pierre le Grand, intéressé par les sciences naturelles, envoie des chercheurs allemands sur place faire l’inventaire des richesses insoupçonnées de la région (Catherine II fit de même de 1768 à 1774). Il va sans dire que c’est bien la fondation, en 1724, de l’Académie des Sciences de Russie, un an avant la mort de Pierre le Grand, qui permet les recherches menées à Irkoutsk. Elle y envoie en 1733, lors de la seconde expédition kamtchadale, un détachement scientifique à la tête duquel est placé Johann Gmelin. Celui-ci fournit en 1735 ses premières données, portant sur les caractères chimiques du lac et sur le phoque du Baïkal, unique espèce d’eau douce, appelée en russe nerpa (Pusa Sigiriya). Il faut noter que ces observations sibériennes [en 1735 les résultats ne sont pas encore publiés] vont être repris plus tard par le célèbre naturaliste suédois Carl von Linné dans sa classification des espèces, qu’il présente dans son ouvrage Systema Naturae.

Les premières données scientifiques sur le lac ont donc été fournies dès le milieu du XVIIIe siècle par J. G. Gmelin, puis par P. S. Pallas et I. G. Georgi. Peter Simon Pallas, savant russe d’origine allemande, est nommé en 1767 par Catherine II de Russie professeur à l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg. Il conduit une expédition entre 1769 et 1774 en Sibérie, où il porte ses recherches entre autres sur le lac Baïkal. Durant son expédition il est accompagné du naturalisteallemand I. G. Georgi, passionné aussi par le lac Baïkal. Ces premières expéditions marquent le début de l’intérêt des chercheurs pour la Sibérie orientale, attrait qui ne cessera de croître. Nous pouvons par ailleurs déjà remarquer la forte implication et contribution de chercheurs étrangers ou d’origine étrangère dans les études scientifiques menées en Sibérie. En effet, l’Académie des Sciences de Russie va faire appel à ses débuts à de nombreux scientifiques allemands.

 

F. N. Klička et l’état de l’évolution des musées dans le monde

 

Le musée régional d’Irkoutsk est fondé en 1782 par F. N. Klička, gouverneur de la région d’Irkoutsk. Celui-ci fait appel à l’élite locale pour financer un musée et une bibliothèque : les marchands locaux acceptent, ainsi que des personnalités telles que Melnikov, Dudarovskij ou encore Sibirjakov. Bien que le musée soit né de l’impulsion de F. N. Klička, il ne faut pas négliger l’apport de membres de l’Académie des Sciences : parmi eux se trouve Karamyšev, correspondant de l’Académie des Sciences[2]. Il est donateur et membre influent du musée et en a été surtout le directeur. E. Laksman dont nous parlerons plus loin, membre honorifique de l’Académie des Sciences, est aussi un acteur primordial dans la construction du musée (on retrouve d’ailleurs souvent l’initiative des gouverneurs dans la fondation des premiers musées régionaux de Russie, tel que pour celui de Pskov en 1829[3].)

Le musée d’Irkoutsk est le premier musée d’histoire naturelle de zemstvo à caractère régional. Le zemstvo est une assemblée locale et provinciale élue par la noblesse et les classes possédantes de la Russie tsariste. Ce sont ces administrations locales qui s’occupent de la création des musées avant 1917. Institués en 1864 par Alexandre II , les zemstvo ont alors en charge l'éducation, les soins médicaux, la santé publique, l'approvisionnement en nourriture et l'entretien des routes.

L’action de F. N. Klička est motivée, en grande partie, par la création de la première bibliothèque nationale à Irkoutsk. Celui-ci désire fonder un « muséum », que l’on pourrait rattacher à l’esprit du Mouseîon d’Alexandrie, premier musée créé à l’époque hellénistique, dont les membres, mathématiciens, astronomes, géographes ou poètes, se rassemblaient pour se consacrer à l’étude[4]. Ainsi, la fameuse bibliothèque d’Alexandrie a servi comme instrument de travail à la disposition de ces érudits, tout comme celle d’Irkoutsk. F. N. Klička ordonne que le musée conserve des outils mathématiques, physiques et biologiques, ainsi que des animaux et des plantes. Dans la lignée des « cabinets d’histoire naturelle » du XVIIe siècle d’initiatives privées, qui avaient pour vocation l’étude des plantes, minéraux et animaux à des fins médicales et pharmaceutiques, le musée d’Irkoutsk tente de rassembler à ses débuts des matériaux de sciences naturelles à des fins d’étude et de conservation, caractéristiques de la région du lac Baïkal et de la mer d’Okhotsk. Au cours des années ces collections s’enrichissent.

Un siècle plus tôt, l’Ashmolean museum d’Oxford ouvre ses portes et inaugure une conception innovatrice du musée : rassembler musée, école d’histoire naturelle et laboratoire de chimie. Dans ce siècle des Lumières, on commence à voir le musée non plus seulement comme lieu « d’entassement » de curiosités mais bien un lieu d’expérience visant la connaissance. Ce modèle s’est diffusé à travers l’Europe et a contribué à former une nouvelle conception du musée. Ainsi au musée régional d‘Irkoutsk, lieu de collection puis peu à peu d’étude, vont se succéder de grands chercheurs ayant mené des expéditions ethnographiques et scientifiques dans toute la région et au-delà des frontières de l’oblast’ d’Irkoutsk. C’est justement une de ces personnalités liées au musée qui est à la base de l’enrichissement de la collection du musée d’Irkoutsk dès ses débuts : Eric Laksman.

 

L’apport de E. Laksman

 

Né en 1737 en Finlande à Neichlot, Eric Laksman s’installe à Saint-Pétersbourg en 1762. Il s’intéresse très tôt aux sciences naturelles et fait la connaissance des savants G. F. Müller, P. S. Pallas, J. P. Falck, et d’autres. La richesse de la Sibérie le fascine, il s’installe à Barnaoul, fait plusieurs découvertes en botanique, zoologie, météorologie, minéralogie et chimie, et effectue de longues expéditions. Il va jusqu’aux frontières de la Chine et de la Mongolie. L’emplacement de l’oblast’ d’Irkoutsk, aux frontières de la Chine, de la Mongolie et des pays d’Asie centrale favorise grandement les recherches sur ces pays. C’est par ailleurs l’endroit idéal pour mener des recherches sur la Sibérie, alors très peu connue. Sa faune, encore moins connue que sa flore, est un sujet d’étude pour E. Laksman. Celui-ci constitue chez lui un petit musée zoologique, et rassemble une collection rare de minéraux. De retour à Saint-Pétersbourg en 1769, il devient académicien en chimie et en économie à l’Académie des sciences. Sa renommée s’étend hors des frontières, et le roi suédois Gustave III lui remet deux médailles en remerciement d’objets d’histoire naturelle reçus par la société scientifique suédoise. Alors qu’il quitte Saint-Pétersbourg, une partie de sa riche collection est acquise par l’École des Mines à Saint-Pétersbourg. Ses collections vont donc être réparties entre Saint-Pétersbourg et Irkoutsk.

En 1784, E. Laksman s’installe définitivement à Irkoutsk, missionné par le cabinet impérial pour poursuivre ses recherches en minéralogie. Il lie connaissance avec de nombreux chercheurs, savants et personnalités influentes d’Irkoutsk. A cette époque réside à Irkoutsk le célèbre naturaliste et minéralogiste A. M. Karamyšev, qu’il rencontre[5]. Le naturaliste Patren, le spécialiste de la Mongolie Iérig, le voyageur Billings et bien d’autres font partie de ces savants avec lesquels il échange beaucoup. C’est à cette époque que le gouverneur F. N. Klička le contacte pour compléter, avec sa riche collection, celle du musée. E. Laksman devient pour ainsi dire le premier collecteur de fonds du musée régional d’Irkoutsk, tandis que F. N. Klička en est le directeur et Karamyšev le conservateur. En 1805, le musée d’Irkoutsk acquiert véritablement le titre de « musée ». A la mort d’E. Laksman, en 1806, il fait l’acquisition d’une large collection tirée de son « cabinet d’histoire naturelle », riche de 300 minéraux et de 860 coquilles, léguée à l’école publique, et qui constitue la base des fonds du futur musée régional d’Irkoutsk. Cette collection unique ne survit malheureusement pas à l’incendie dévastateur de 1879 qui emporte aussi la bibliothèque.

Eric Laksman est aujourd’hui peu connu, mais ses travaux et ses découvertes, ainsi que la richesse de ses collections, ont été le symbole d’une époque soucieuse d’associer, dans le cadre du musée, le rôle de collectionneur à celui de chercheur scientifique. Ses découvertes en botanique, minéralogie, ou en chimie ont été la trace de l’activité intense d’Irkoutsk et ont participé à l’établissement du musée régional d’Irkoutsk. Lui offrant, plus qu’une riche collection, une impulsion pour les expéditions que l’avenir n’a pas démenti.

 

Les Décembristes

 

En décembre 1825, un épisode bien connu de l’histoire de la Russie va influencer celui de la Sibérie. Quelques membres de la haute aristocratie et du corps des officiers vont fomenter une insurrection contre le pouvoir tsariste, désirant placer Constantin, frère de Nicolas, sur le trône. Cependant, ces aristocrates, mal préparés, vont être rapidement réprimés par Nicolas Ier. Des dizaines d’insurgés sont envoyés à l’Est, plus précisément à Irkoutsk, porte de la Sibérie orientale. L’arrivée de ces exilés marque un tournant pour la Sibérie : cette élite intellectuelle introduit, sur une terre de pionniers et de paysans, l’instruction et la culture. En sont témoins les salons de la princesse Trubeckaja et Volkonskaja, lieux de rencontre de cette nouvelle couche sociale qui commence à apparaître et à développer une nouvelle conscience de classe.

L’influence des décembristes est considérable dans la région d’Irkoutsk, et leur action ne peut être dissociée des recherches scientifiques menées en Sibérie. Ils vont être à l’origine de l’instruction des citadins et des paysans, et vont fonder des écoles et établir une mise à jour des premières données scientifiques, sur la Sibérie et ses ressources[6]. Cette conscience nouvelle ne va pas tarder à vouloir acquérir une certaine autonomie vis-à-vis du pouvoir impérial : les oblastniki sont les premiers à penser une indépendance de la Sibérie. Parmi eux on peut compter Nicolaj Jadrincev, Grigorij Potanin et d’autres chercheurs célèbres. Avec les décembristes, naissent parallèlement le goût pour la connaissance, la recherche scientifique et la conscience politique. Cette conscience indépendante sera sévèrement réprimée par le régime tsariste, bien qu’il favorise au début du XXe le développement du nationalisme en Russie. Néanmoins l’engouement pour la recherche et la découverte de la région ne va pas cesser de croître.

 

Le rôle de la Société Impériale Russe de Géographie : 1851

 

Le VSOIRGO: Vostočno-sibirskij Otdel Imperatorskogo Russkogo Geografičeskogo Obščestva

 

La Société Impériale Russe de Géographie s’inscrit dans une vague qui naît au milieu du XVIIIe siècle dans la Russie impériale. La création de l’Académie des Sciences de Russie marque la volonté impériale de connaître son territoire, de développer la connaissance et de donner un cadre et des moyens aux chercheurs. A l’origine de la Société Impériale Russe de Géographie se trouve la Société d’Économie Libre (SEL), fondée en 1765. Celle-ci a joué un rôle dans le développement de l’intérêt pour la description de la région. Mise à part sa fonction économique, la SEL veut participer à la mise en valeur de l’empire russe dans ses différentes régions, à travers des expositions, des investissements dans des musées régionaux. Cet intérêt croissant a eu besoin d’une institution à part, dans un contexte politique de nationalisme du milieu du XIXe siècle, qui s’occuperait exclusivement de cela : la création de la Société Impériale Russe de Géographie ou Imperatorskoe Russkoe Geografičeskoe Obščestvo (IRGO) a lieu en 1845[7]. A cette institution d’Etat, vont répondre des dizaines d’initiatives locales : des sociétés scientifiques, des organisations ethnographiques vont voir le jour un peu partout en Russie. On voit donc que « l’évolution séculaire des musées se fait en fonction des conditions politiques et culturelles » et l’exemple des pays du Nord est le plus significatif : « ainsi le musée au Danemark est-il lié à la crainte de l’Allemagne ; en Norvège à la quête d’indépendance et d’identité après un demi-siècle de vassalité, et en Suède à la revendication d’un patrimoine national par la bourgeoisie libérale au-delà du legs monarchique. »[8] En Russie, c‘est la volonté du pouvoir central qui est à l’initiative des expéditions scientifiques, bien que certains érudits locaux aient participé à ce mouvement (notamment Rumjancev, créateur du musée-bibliothèque Rumjancev, devenu la bibliothèque Lénine de Moscou, est initiateur d’expéditions). Ce mouvement se situe à l’opposé de l’apparition des musées en Angleterre, qui « se caractérisent par un rôle de la monarchie moins important qu’ailleurs, une tradition de non-intervention du gouvernement »[9] et ce, tout au long du XIXe siècle.

Le but de l’IRGO est la collecte et la diffusion d’informations géographiques, établies à partir de sources sûres. Ses expéditions ont joué un grand rôle dans la connaissance des régions de la Sibérie, du grand Est, de l’Asie mineure et centrale. L’action de l’IRGO est étroitement liée aux noms de grands explorateurs tels que N. N. Mikluho-Maklaj, P. P. Semenov et N. M. Prževalskij. Leur objectif est d’étudier la géographie de la Russie, immense et peu explorée. Dès 1847, l’ethnographie se rajoute aux sections de l’IRGO, dans un mouvement d’émancipation de la discipline : ainsi l’ètnografičeskij otdel de la Kunstkamera est fondé en 1836. La nouvelle section est conçue dans la lignée rationaliste du XVIIIe siècle, sur le modèle des sciences de la nature, comme une description et une classification des peuples primitifs. La société russe de géographie s’est particulièrement intéressée à l’ethnographie, la géographie et les sciences naturelles puis à la philologie et l’histoire. Elle envoie dès sa création environ 7000 questionnaires à travers la Russie sur les mœurs et coutumes, l’habitat, dans un souci d’approfondissement des connaissances du pays et de ses peuples.

Pour que la métropole puisse se consacrer aux études dites « nationales », deux filiales de l’IRGO sont fondées en province : une première à Tiflis, en Géorgie en 1850, comme section du Caucase, et une seconde à Irkoutsk, en 1851, comme filiale de Sibérie orientale : le VSOIRGO (Vostočno-sibirskij Otdel Imperatorskogo Russkogo Geografičeskogo Obščestva). En effet, beaucoup de membres de la Société de Géographie étudient la part sibérienne de l’Empire et les pays limitrophes. Irkoutsk devient donc une base de recherche ouverte vers les pays voisins qui permet d’étudier en profondeur les peuples de la région. Son emplacement adéquat, comme nous l’avons souligné, a fait de cette ville de Sibérie un point d’ancrage des recherches de l’époque. Le VSOIRGO a donc été un moteur primordial pour donner au musée son caractère scientifique et lui permettre, grâce aux expéditions et à l’émulation scientifique, d’acquérir une envergure rare. Tous les travaux qui ont enrichi le musée viennent des études menées sous son impulsion. Ainsi le nom du musée en 1851, fut non pas IOKM mais bien le musée du VSOIRGO, et fut placé sous sa direction en 1854.[10]

 
Les expéditions scientifiques
 

Pourquoi partir à la découverte de son pays ? Ce qu’on appellera kraevedenie (« études régionales ») va être un phénomène exprimant la volonté d’explorer son territoire. Dans l’oblast’ d’Irkoutsk ce besoin a trouvé très tôt des cadres et institutions où prendre forme. La Société Russe de Géographie lui a offert un moyen formidable de prendre de l’ampleur. Ce besoin s’est exprimé par les nombreuses expéditions scientifiques organisées. Selon Dominique Poulot, « les premiers musées de colonies ont été crées pour recueillir des spécimens géologiques ou minéralogiques dont l’étude était liée à la mise en valeur des territoires. »

Au milieu du XIXe avec le VSOIRGO, le principal objet d’études du musée à cette époque est l’étude systématique de la partie Asiatique de la Russie, à partir des expéditions venant, non pas des savants de la capitale, mais des savants locaux tels que Maak, Lopatin, Kropotkin, Potanin, Jadrincev ou encore Klemenc. C’est donc un mouvement local de recherche, qui n’avait pas pour but premier l’étude minéralogique, qui se met en place, en liaison avec le courant indépendantiste (oblastničestvo) apparu alors dans la région à cette époque. Irkoutsk veut s’émanciper du pouvoir impérial et mettre en valeur ses richesses régionales. La ville et les institutions scientifiques comme le musée, ont le sentiment qu’ils sont représentatifs de l’est de la Russie et que la ville est le point central des recherches vers toute la Sibérie. Ainsi les expéditions du musée sont financées non pas par l’Etat mais par des mécènes, souvent des membres du VSOIRGO ou des marchands, qui désirent contribuer au développement de la connaissance scientifique des peuples de la région.

De grandes expéditions sont menées dès 1860 par de grands chercheurs, membres de la Société Impériale Russe de Géographie, qui étudient la partie asiatique de la Russie. Ces expéditions sont nombreuses et visent toutes les régions : Prževalskij en Asie Centrale, Jadrincev et Obručev dans toute la Sibérie, Kropotkin et Potanin en Mongolie. L’expédition la plus célèbre et la plus importante est l’expédition de Iakoutie, ou « Grande expédition de Sibérie » de 1894 à 1896 qui rapporte des objets ethnographiques des peuples du Nord et particulièrement des Iakoutes. Toutes ces expéditions sont financées par des mécènes. Le but premier de celles-ci n’est pas ethnographique mais plutôt motivé par une volonté d’ouvrir des routes marchandes dans les régions alentours. C’est pourtant bien la connaissance scientifique, politique, économique, géographique des peuples de toute la région de la Sibérie Orientale qui motive les membres du VSOIRGO.

 

Incendie du musée, mobilisation et reconstruction

 

Du 22 au 24 juin 1879, a lieu le tristement célèbre incendie de la ville d’Irkoutsk[11]. Il est fatal au musée, qui perd plus de 22 000 exemplaires de différentes pièces d’exposition anthropologiques, historiques, ethnographiques, archéologiques, numismatiques et de sciences naturelles. Mais il perd surtout sa très riche bibliothèque, renfermant plus de 10 000 ouvrages, dont les travaux passionnants de Šapov, sur la région du Turuhan.

Ce terrible incendie suscite compassion et aide de la population locale qui cherche à faire revivre le musée. Différentes personnalités et organisations offrent des collections de tous genres, des manuscrits, des photos, des ouvrages pour la bibliothèque et des dons financiers. A leur tour, plusieurs institutions scientifiques proposent leurs aides : l’Académie des Sciences, la Société Russe de Géographie, la Société Economique Libre, le jardin botanique de Saint-Pétersbourg, la Société des amateurs de sciences naturelles, la Société Moscovite des Naturalistes, et bien d’autres. Leur soutien se concrétise par l’envoi de reproduction de leurs collections.

En septembre 1882, le VSOIRGO entame la construction d’un nouveau bâtiment pour le musée. Celui-ci est bâti grâce aux fonds de N. I. Vitkovskij, d’après le projet architectural de Rosen. C’est le ministère de l’Intérieur qui choisit lui-même l’emplacement : à l’angle de l’actuelle rue Karl Marx et de la rue NaberežnajaAngary. Le 6 octobre 1883 a lieu l’ouverture, dans les festivités, du nouveau musée régional d’Irkoutsk (celui que l’on peut voir actuellement). La façade de l’édifice est dotée d’une frise où sont inscrits les noms des 22 chercheurs et grands scientifiques du musée, partis en expédition en Sibérie et en Asie. Citons parmi eux G. Müller, scientifique et auteur d’Histoire de la Sibérie et V. A. Obručev, voyageur, scientifique et romancier de renom.

 
Situation après la Révolution
 

En 1920, le musée est nationalisé. Il n’est alors plus soutenu par ses mécènes, par les dons des membres du VSOIRGO et des habitants de la ville. Il est donné au gouvernement mais reste dirigé par les membres du VSOIRGO jusqu’en 1937. L’État prend en charge les recherches du musée et les expéditions et attribue des aides pour l’étude planifiée de la région « étendue »[12]. Selon D. Poulot, le musée en URSS « apparaît comme un outil indispensable d’éducation. » Pour lui, « les démocraties populaires entendent user à leur gré de l’héritage national-populaire tel que l’avait construit le XIXe siècle, mêlant folklorisme, exaltation des arts et des traditions populaires, et projet politique. »[13] La place des directives politiques dans le rôle qu’endosse le musée est donc prépondérante.

Ainsi le musée garde son domaine de recherche étendu à toute la Sibérie. Elle a pour vocation en 1922 d’être, selon le conservateur de la section ethnographique de cette époque, A. M. Popov, « la base centrale des activités culturelles de la région. » Le musée mène un travail de collecte intense dans les années 1920 (les expéditions chez les Bouriates et les Evenks sont fréquentes selon la responsable actuelle de la section historique du musée) mais l’interrompt dans les années 1930 en raison de la répression intense dont font l’objet directeurs et collaborateurs du musée. On peut noter que, dans les années 1930, les expositions ne montrent que très peu les Russes, et dans les collections le nombre d’objets qui leur est consacré est très faible. Ainsi les chercheurs ont voulu exclusivement étudier, tout au long du XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, les peuplesindigènes de Sibérie, d’Asie et d’Extrême Orient par souci « d’exotisme ». L’ethnographie des Russes de Sibérie est ainsi beaucoup plus tardive (seulement à partir du XXe siècle). La responsable des fonds du musée, qui a participé à des collectes sur l’ethnographie russe au sein du musée dans les années 1970, m’a confirmé cet intérêt tardif des collaborateurs du musée pour l’ethnographie des Russes.

C’est à partir des années 1930 que le musée doit concentrer ses expositions sur sa région. Celle-ci obtient ses frontières définitives et se nomme l’Irkutskaja Oblast’ : cela marque un tournant dans les expositions sur les peuples de Sibérie, car le musée doit présenter les peuples de sa région, Bouriates de Cisbaïkalie, Evenks et Tofalars. Mais il est clair qu’il y a un décalage entre ces directives et les faits réels, ou tout du moins ces directives mettent du temps à s’appliquer : les Tofalars ne sont pas exposés jusque dans les années 1970, alors que des peuples hors de la région d’Irkoutsk le sont. Les peuples présentés à partir de 1937 sont divisés en deux sections dans l’exposition : d’un côté les Bouriates, peuple le plus nombreux à qui sont consacrées les collections les plus importantes et de l’autre les peuples du Nord, les Toungouses (Evenks), les Iakoutes, les Tchouktches, les Aléoutes, les Aïnous, les Ioukaghirs, les Koriaks, les Tatars et les Soïotes.

Ainsi l’exposition sur les Tofalars a été mise en place beaucoup plus tard, dans les années 1970, bien que des expéditions eussent été menées dans leur région dès 1930 sous la direction de l’ethnographe Petri. Cependant, les collections ont été oubliées ou perdues en raison des répressions politiques. Les objets sont « réapparus » en 1973, selon les dires de collaboratrices du musée. La responsable des fonds du musée a présenté la première les objets ethnographiques tofalars dans deux grandes vitrines, en exposant d’une part la culture matérielle et de l’autre la culture spirituelle, bipartition très soviétique. Ce sont les premières vitrines du musée, car les autres peuples sont présentés dans des intérieurs, à travers des mises en scène. Cette nouvelle scénographie va d’ailleurs directement influencer celle des deux autres peuples, les Bouriates et les Evenks, mise en place un peu plus tard, dans les années 1980. A cette époque le musée, qui sort d’une longue période de travaux, doit reconstruire ses expositions et faire un choix muséographique. Il passe, selon le modèle introduit par la responsable des fonds, d’une scénographie vivante à une représentation figée des peuples : il met en place des vitrines présentant les cultures évenk, tofalar et bouriate et supprime intérieurs et mannequins. Ce changement s’explique en partie par l’ouverture du musée à ciel ouvert de Talcy en 1980, alors filière du musée régional d’Irkoutsk, indépendant par la suite en 1994[14]. Ce musée architectural en plein air présente, en plus des habitats russes, les habitats et intérieurs bouriates, tofalars et évenks. Les responsables du musée ne voulant pas les présenter en double, ont limité leur exposition aux objets ethnographiques.

Cependant, le bilan de la politique muséale de la période soviétique est alarmant : on découvre, à la fin des années 1980, que les inventaires ont été négligés : de nombreuses collections ne sont pas répertoriées, d’autres s’avèrent perdues ou égarées. Certaines collections du patrimoine national ont tout simplement été pillées, comme cela est bien connu aujourd’hui. Selon Frolov, soixante pour cent des collections restantes dans les musées régionaux sont menacées d’une mort certaine si l’on ne trouve pas de solution pour leur restauration[15]. Les musées font aussi face à un autre problème de grande importance : ils manquent de documents et d’acquisitions. Les « blancs » de l’histoire en Union Soviétique sont pour eux de grandes lacunes. Les musées désirent alors, et encore aujourd’hui, voir une amélioration de la diffusion de leurs travaux dans les centres de recherches, ainsi qu’un approfondissement de la méthodologie en muséographie. A ce jour, les géographes d’Irkoutsk organisent fréquemment des réunions et conférences entre spécialistes de Sibérie et d’Extrême-Orient, réalisent des écoles régionales pour les étudiants, participent aux congrès de la Société de Géographie et aux congrès internationaux de géographie.

La période soviétique a marqué de son fer les musées régionaux qui ont eu grand besoin de se régénérer dans les années 1990. Les musées régionaux russes ont besoin d’échange d’expérience avec les musées étrangers et de conseils pratiques pour reconstituer leurs expositions permanentes[16]. Ils ont profondément besoin de s’ouvrir à de nouvelles perspectives. C’est ce que l’IOKM s’efforce de réaliser aujourd’hui : revaloriser ses collections d’une grande valeur matérielle, culturelle et historique.

 
 

Bibliographie

 

ARSENIEV Vladimir, 1999, Le musée d’Anthropologie et d’Ethnographie Pierre-le-Grand à Saint-Pétersbourg, Cahiers d’études africaines, « Prélever, exhiber. La mise en musée », 1999, Paris : EHESS, XXXIX, pp 681-699. 

AVIJANSKAÏA Sofia, 1990, Le musée ethnographique des peuples de l’URSS, Saint-Pétersbourg : Editions d’Art Aurora. 

BERELOWITCH W., 1989, Aux origines de l’ethnographie russe : la Société Russe de Géographie dans les années 1840-1850, Les Cahiers du monde russe, 1990, n° 31/2-3.

BOBROVA L.Y., 2002, Muzej i nauka, Kemerovo, Kemerovskij Gos. Universitet. 

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[11] www.museum.irkutsk.ru/ru/, consulté en février 2008

[12] ČERNEVSKAJA 2000.

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[14]  http://www.museum.ru/M1851, consulté en mars 2008

[15]  FROLOV 2003.

[16] GOSSELIN 1993.